San Cristóbal de las Casas… ¿o de los viajeros?

🇪🇸 versión española más abajo

🇫🇷 Traduction du titre depuis l’espagnol : San Cristóbal de las Casas, Saint Christophe des Maisons… ou des voyageurs ?

Fuyant la chaleur extrême de Palenque, qui restera toutefois pour moi un excellent souvenir pour son superbe site archéologique maya, je me suis dirigé vers San Cristóbal de las Casas, ma deuxième étape dans l’état du Chiapas. Et quelle étape ! Ce fut même une double étape puisque j’y ai séjourné deux fois, une vingtaine de jours au total, avec une parenthèse sur la côte pacifique qui fera l’objet d’un prochain article.

IMG_6048Première grande différence avec toutes mes autres villes étapes mexicaines, « San Cris » est située dans les montagnes, à 2140 mètres d’altitude. L’air frais a remplacé l’air océanique, chaud et humide. Par contre, le soleil est toujours là, plus proche même, et plus sournois puisque la température de l’air fait qu’on ne le ressent pas autant que près des côtes. Les coups de soleil constituent la surprise classique le premier jour.

Dès mon arrivée et mes premières promenades dans les rues de la ville, j’ai senti comme une ressemblance avec certaines villes du Pérou, et notamment Cuzco : l’air ambiant, les rues pavées, les maisons colorées aux toits de tuiles, les montagnes tout autour, les nombreux routards, les vendeuses de vêtements chauds et couvertures, etc. Pris dans cette association de pensée, pendant plusieurs jours, j’ai même cru voir de nombreux vendeurs de bâtons de marche, jusqu’à ce que je ne réalise qu’il s’agit de bâtons télescopiques pour prendre des selfies

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Un des patios d’une de mes auberges

Comme à Mérida, où j’avais également effectué un long séjour, je suis passé par différents lieux d’hébergement : trois auberges bien agréables, avec patios et jardins, et également quelques jours chez l’habitant, un jeune professeur d’anglais en attente d’une bourse pour aller poursuivre ses études en Grande-Bretagne. Ces logements plaisants ont sans doute contribué à ce que je reste beaucoup de temps ici, mais ce n’est pas la seule raison. Je me suis senti bien à San Cris. Je me suis senti bien pour me promener, pour flâner, pour sentir un autre Mexique, un Mexique plus pauvre que celui que j’ai découvert par ailleurs, un Mexique plus coloré, plus naturel, plus indigène, plus authentique. Je me suis senti bien pour apprendre sur la culture locale avec ses musées, ses cinémas indépendants projetant des documentaires et même certains de ses bars et restaurants qui sont orientés vers cette culture locale. Je me suis senti bien pour me fixer un peu ici, bien pour travailler, pour prendre quelques petites habitudes (mais pas trop, rassurez-vous !)

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Patio du musée Na Bolom

J’ai aimé arpenter les rues de San Cristóbal, et particulièrement ses 2 rues piétonnes qu’on appelle ici andadores, littéralement les « marcheurs ». J’ai déniché des petits restaurants sympathiques, pour manger très varié, du petit-déjeuner très naturel au dîner pizza, en passant par des menus du jour aussi bons qu’économiques, du bio en buffet ou à la carte, etc., que ce soit en salle, dans un patio colonial ou en terrasse. Une spécialité qui m’a amusé, c’est le beurre persillé, comme celui qu’en bon bourguignon j’ai l’habitude d’associer aux escargots, que les restaurants servent souvent en guise d’amuse-bouches à tartiner sur du pain. J’ai testé aussi des boulangeries – viennoiseries – pâtisseries françaises ou à la française de manière répétitive, probablement pour confirmer mes premières impressions positives. J’ai découvert le huarache, spécialité locale qui pourrait être décrite comme étant un grand taco, c’est-à-dire une sorte de grande tortilla à base de maïs et garnie selon les goûts avec divers ingrédients végétaux et/ou animaux. Au Mexique, le mot huarache désigne avant tout un certain type de sandales et, originellement, le plat huarache a la forme d’une sandale. Par pragmatisme sans doute, on le trouve maintenant le plus souvent sous une forme ovale, comme l’assiette dans lequel il est servi. Enfin, qui dit montagne et air frais dit chocolateries. Là encore, j’ai testé plusieurs fois les chocolats chauds, petites pépites de cacao incluses, accompagnés de biscuits divers et variés comme par exemple celui au chocolat blanc et canneberges.

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Une des rues piétonnes

Plus encore que le cacao, une des cultures traditionnelles locales est la culture du café. L’état du Chiapas représente un tiers de la production mexicaine, avec une double particularité. D’abord, la plupart des producteurs sont très modestes, cultivant une surface inférieure à 2 hectares, ce qui confère à la culture du café une véritable utilité sociale pour de nombreuses familles en milieu rural. Aussi, la spécialité du Chiapas est le café bio, ce qui implique une productivité moindre mais une valeur marchande majorée de 30%. En se promenant dans San Cristóbal, notamment dans les rues piétonnes, on est souvent attrapé par les odeurs des torréfacteurs de ce café bio, local et labellisé commerce équitable.

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Assiette végétarienne et « eau d’hibiscus » (agua de jamaica)

L’état du Chiapas est le plus pauvre du Mexique. Il dispose pourtant de richesses naturelles extraordinaires. En plus du café et du cacao, ses terres agricoles produisent des légumes, des mangues, bananes, noix de coco, des piments, de la canne à sucre, du miel et même des fleurs d’hibiscus. Au Mexique, on les nomme jamaica, et on en fait un sirop couramment utilisé pour boire avec de l’eau, y compris dans les restaurants. L’ambre du Chiapas est mondialement reconnu. Les ressources minières sont également très abondantes, et le gouvernement fédéral a commencé à octroyer des concessions mais le sujet est sensible vis-à-vis des communautés indigènes. Le tourisme est finalement une activité plus consensuelle, d’autant plus qu’il s’agit d’un tourisme souvent orienté vers le patrimoine culturel et environnemental et dont les communautés indigènes semblent maintenant bénéficier.

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Colline et église San Cristobalito

Les communautés indigènes sont très présentes dans la ville. Certains villages autonomes sont tout proches. Et puis c’est ici à San Cristóbal qu’a éclaté la révolution zapatiste, le 1er janvier 1994. Le jour de l’entrée en vigueur de l’accord de libre échange entre les 3 pays d’Amérique du Nord (Mexique, Etats-Unis et Canada), environ 5000 indigènes armés, la plupart des paysans, occupèrent la ville. Ce fut le début d’un immense mouvement de révolte pour obtenir des droits touchant à la terre, au logement, à la santé, à l’éducation, au travail, à la justice et enfin à la reconnaissance de leur identité culturelle, les « indiens » n’étant toujours pas reconnus par la Constitution mexicaine alors qu’ils représentent plus de 10% de la population. Pendant plus de 7 ans, des périodes de négociation ont alternées ou parfois se sont superposées à des périodes de violence entre « l’armée zapatiste de libération nationale », l’armée du gouvernement et des groupes paramilitaires, soutenus activement ou passivement par le gouvernement mexicain et/ou par l’armée des Etats-Unis et coupables de tueries massives y compris de femmes enceintes et d’enfants. En 2000, l’arrivée d’un nouveau gouvernement et la pression populaire laissaient espérer que les accords de San Andrés, signés par les parties en 1996, soient enfin inscrits dans la loi. En 2001, le gouvernement trahit sa promesse et depuis lors, les négociations sont rompues. Les tensions sur le terrain sont toutefois retombées, sans doute grâce à la présence de nombreuses organisations non gouvernementales mexicaines ou étrangères et aussi grâce au tourisme, celui-ci étant d’ailleurs en partie lié à la présence des ONG.

Pour conclure, il est amusant de constater que la ville était prédestinée au tourisme puisque son saint patron est aussi celui des voyageurs, Saint Christophe. Et il est amusant aussi que le nom qui est celui de la ville depuis 1848 soit composé de celui du saint patron des voyageurs complété par « de las casas » (en français, « des maisons »), un concept plutôt opposé à celui du voyage. La solution à cette énigme est qu’en fait le nom de la ville fait ainsi référence à Bartolomé de las Casas,  défenseur des droits des indigènes lors de la conquête espagnole comme j’en parlais dans un article antérieur. Et là, on se rend compte que la ville n’était pas seulement prédestinée au tourisme mais aussi aux revendications des indigènes.

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Les arbres sourient à « San Cris ». / Los árboles sonríen en « San Cris ».

🇪🇸 Huyendo del calor extremo de Palenque, que seguirá siendo para mí un excelente recuerdo por su hermoso sitio arqueológico maya, me dirigí hacia San Cristóbal de las Casas, mi segunda etapa en el estado de Chiapas. ¡Y vaya etapa! Fue incluso una doble etapa ya que me quedé allí dos veces, unos veinte días en total, con una paréntesis en la costa Pacífica que será objeto de un próximo artículo.

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Andador Real de Guadalupe

Primera gran diferencia con todas mis otras ciudades etapas mexicanas, « San Cris » está situada en las montañas, a 2140 metros de altitud. El aire fresco se substituyó al aire oceánico, caliente y húmedo. En cambio, el sol sigue presente, más cerca aún, y más pérfido ya que la temperatura del aire hace que no se resiente tanto como por las costas. Las quemaduras constituyen la sorpresa clásica del primer día.

Desde mi llegada y mis primeros paseos por las calles de la ciudad, percibí cierto parecido con algunas ciudades de Perú, y especialmente con Cuzco: el aire ambiental, las calles pavimentadas, las casas de colores y con techos de tejas, las montañas por todos lados alrededor, los numerosos mochileros, las mujeres vendiendo ropa caliente y mantas, etc. Prendido en esta asociación de ideas, durante varios días incluso creí ver muchos vendedores de palos de caminar, hasta que realice que se trata en realidad de bastones telescópicos para selfies

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El jardín de uno de mis hostales

Igual como en Mérida, donde también pasé una larga estancia, me quedé en varios alojamientos: 3 hostales muy agradables, con patios y jardines, y también unos días en casa de un particular, un joven profesor de inglés que estaba a la espera de una beca para ir a seguir estudiando en Gran Bretaña. Sin duda, estos hospedajes agradables contribuyeron a que pasase mucho tiempo aquí, pero no es la única razón. Me sentí bien en San Cris. Me sentí bien para pasearme, para vagar, para sentir otro México, más natural, más indígena, más auténtico. Me sentí bien para aprender sobre la cultura local con sus museos, sus cinemas independientes presentando documentales e incluso algunos de sus bares y restaurantes orientados hacia esa cultura local. Me sentí bien para establecerme un rato aquí, bien para trabajar, para tomar unos pequeños hábitos (pero no demasiado, ¡tranquilizaos!)

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Desayuno con fruta, miel, yogur, granola, zumo y té de canela

Me gustó caminar por las calles de San Cristóbal, y especialmente sus 2 calles peatonales que aquí llaman « andadores ». Hallé unos pequeños restaurantes simpáticos, para comer muy variado, desde un desayuno muy natural a una cena de pizza, pasando por menús del día tan buenos como económicos, comida orgánica en bufé o a la carta, etc., sea en sala, en un patio colonial o en terraza. Una especialidad que me dio gracia, es la mantequilla con perejil, igual como la que, siendo nativo de la Borgoña, suelo asociar a los caracoles. Aquí los restaurantes lo sirven a menudo a modo de aperitivo para untarlo en el pan. También probé las panaderías – bollerías – pastelerías francesas o a la francesa de manera repetitiva, probablemente para confirmar mis primeras impresiones positivas. Descubrí el huarache, especialidad local que se podría describir como un gran taco, o sea una especie de gran tortilla a base de maíz y acompañada según el gusto de distintos ingredientes vegetales y/o animales. En México, la palabra huarache se refiere ante todo un cierto tipo de sandalias y, originalmente, la comida huarache tiene la forma de una sandalia. Probablemente por pragmatismo, ahora se encuentra casi siempre con forma de óvalo, como el plato en el que se sirve. Por fin, quien dice montaña y aire fresco dice chocolaterías. Pues igualmente probé varias veces los chocolates calientes, con pequeñas pepitas de cacao incluidas, acompañados de varias galletas como por ejemplo la de chocolate blanco y arándanos.

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Andador eclesiástico

Más aún que el cacao, una de las culturas tradicionales del lugar es la cultura del café. El estado de Chiapas representa un tercio de la producción mexicana, con una doble particularidad. Primero, la mayoría de los productores son muy modestos, cultivando una superficie inferior a 2 hectáreas, lo que confiere a la cultura del café una verdadera utilidad social para muchas familias en el campo. También, la especialidad de Chiapas es el café orgánico, lo que implica una productividad menor pero un valor mercantil aumentado de 30%. Paseando por San Cristóbal, especialmente en sus andadores, uno se encuentra a menudo atrapado por el olor de los tostadores de ese café orgánico, local y de comercio justo.

IMG_6034-001El estado de Chiapas es el más pobre de México. Sin embargo, dispone de riquezas naturales extraordinarias. Además del café y del cacao, sus tierras agrícolas producen verduras, mangos, plátanos, cocos, chiles, caña de azúcar, miel e incluso flores de hibisco. En México, se les llaman jamaica, y se hace un concentrado usado para beber con agua, hasta en los restaurantes. El ámbar de Chiapas es mundialmente reconocido. Los recursos mineros también son abundantes y el gobierno federal empezó a otorgar concesiones pero el tema es sensible respecto a las comunidades indígenas. El turismo finalmente es una actividad más consensual, sobre todo porque se trata de un turismo bastante orientado hacia el patrimonio cultural y medioambiental y parece que ahora las comunidades indígenas se benefician de ello.

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El vendedor durmiendo la siesta / Le vendeur qui fait la sieste

Las comunidades indígenas están muy presentes en la ciudad. Algunos pueblos autónomos están muy cerca. Y bueno fue aquí en San Cristóbal que estalló la revolución zapatista, el día 1 de enero de 1994. El día de la entrada en vigor del tratado de libre comercio entre los 3 países de América del Norte (México, Estados Unidos y Canadá), unos 5000 indígenas armados, la mayoría campesinos, ocuparon la ciudad. Fue el principio de un inmenso movimiento de revuelta para obtener derechos respecto a la tierra, a la vivienda, a la salud, a la educación, al trabajo, a la justicia y finalmente al reconocimiento de su identidad cultural, los « indios » siguiendo sin reconocimiento en la Constitución mexicana a pesar de representar más de 10% de la población. Durante más de 7 años, periodos de negociación alternaron o a veces se cumularon con periodos de violencia entre el « ejército zapatista de liberación nacional », el ejército del gobierno y unos grupos paramilitares, apoyados activamente o pasivamente por el gobierno mexicano y/o por el ejército de EE.UU. y culpables de matanzas masivas incluso de mujeres embarazadas y niños. En el año 2000, la llegada de un nuevo gobierno y la presión popular dejó esperar que los acuerdos de San Andrés, firmados por las distintas partes en 1996, se inscribiesen por fin en la ley. En 2001, el gobierno traicionó su promesa y desde entonces las negociaciones están rotas. Sin embargo, las tensiones en el terreno se aplacaron, sin duda gracias a la presencia de muchas organizaciones no gubernamentales mexicanas o extranjeras y también gracias al turismo, siendo éste parcialmente vinculado a la presencia de las ONG.

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Arco del Carmen

Para concluir, es divertido observar que la ciudad era predestinada al turismo, ya que su santo patrono también es el santo patrono de los viajeros, San Cristóbal. Y es divertido también que el nombre que se dio a la ciudad en 1848 esté compuesto del nombre del santo patrono de los viajeros completado con « de las casas », un concepto bastante opuesto al tema del viaje. La solución para esta enigma es que en realidad el nombre de la ciudad también hace referencia a Bartolomé de las Casas, defensor de los derechos de los indígenas durante la conquista española, tal y como lo comentaba en un artículo anterior. Y entonces, uno se da cuenta de que la ciudad no sólo era predestinada al turismo pero también a las reivindicaciones de los indígenas.

A propos Rémy

FR - Voyageur, blogueur, citoyen du monde, humaniste écologiste, nomade digital. ES - Viajero, bloguero, ciudadano del mundo, humanista ecologista, nómada digital. EN - Traveler, blogger, citizen of the world, humanist and ecologist, digital nomad.
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