10 ans après, il faut répéter ça !

A situation exceptionnelle, article exceptionnel. Je sais bien que ce blog n’a pas pour vocation de parler de politique. Je sais aussi que vous attendez depuis longtemps de nouveaux articles sur mon tour du monde, sur mon « atterrissage » et sur mes voyages effectués depuis. Oui mais voila, vous avez suivi cette grande expérience que j’ai vécue pendant 12 mois en visitant de nouveaux horizons, en rencontrant de nouvelles personnes, de nouvelles cultures… Et vous avez aimé ça, vous m’avez dit que ça vous faisait presque autant de bien qu’à moi de vous évader du quotidien, de la crise, de la peur, de la violence, et de vous transporter vers ces lieux lointains et ces cultures étrangères que je découvrais. Alors je pense que vous comprendrez mon message d’aujourd’hui et que vous saurez le relayer autour de vous.

Je suis né en 1971. Je me souviens du 10 mai 1981 et de la folle peur du communisme engendrée par l’élection de Mitterrand. 14 ans et 2 cohabitations plus tard, il était déjà difficile de faire une vraie différence entre la gauche et la droite… La crise n’en finissait pas d’expliquer les échecs des uns et des autres. Mitterrand aurait eu des amis pétainistes. Chirac lui succédait sans remettre en cause les grandes réformes sociales comme par exemple l’abolition de la peine de mort, la 5ème semaine de congés payés ou les 39 heures. En 2002, après 7 ans de présidence Chirac dont 5 avec le gouvernement socialiste de Jospin, la crise continuait de tout expliquer… y compris l’accession de Jean-Marie Le Pen au deuxième tour de l’élection présidentielle.

Alors, en 15 jours, les Français se mobilisait dans un grand « sursaut républicain ». Plus de 25 millions d’électeurs élisaient Chirac, très souvent à contrecoeur mais dans une détermination à exprimer le rejet des discours et des thèses extrémistes, ultra nationalistes et racistes de Le Pen. 62% des inscrits, 82% des votes exprimés, soit plus que l’ensemble des suffrages recueillis par l’ensemble des candidats sauf Le Pen au premier tour. Du jamais vu ! Chirac rassemblait de l’extrême-gauche à la droite « républicaine ». On ne nous y reprendrait plus…

10 ans ont passés, un quinquennat de Chirac, un quinquennat de Sarkozy. La crise explique encore tout, même les pertes de mémoires du Président… Pas celles de Chirac mais celles de Sarkozy, qui appelait en 2007 à être sanctionné si le chômage n’était pas tombé à 5% en 2012… Le même Sarkozy, après 5 ans soit-disant au service des Français, a passé sa campagne du premier tour à leur demander de l’aide : « Peuple de France, aidez-moi! Aidez-moi! » C’est tout simplement pathétique. La crise explique aussi que, pour la première fois, un candidat sortant ne vire pas en tête au premier tour, que Marine Le Pen obtiennent près de 18% des suffrages et Mélenchon plus de 11%…

J’avais longtemps hésité avant de me décider à aller voter dimanche dernier. Je ne sais plus trop ce que c’est que la gauche, la droite, le centre… Sarkozy promettait de nous sortir de la crise, il ne l’a pas fait. Ségolène Royal n’aurait pas fait mieux. Dans 5 ans, j’aurai 46 ans et la crise continuera de tout expliquer, de tout justifier… Et puis j’ai pensé qu’il était important de défendre ses droits. J’ai vu récemment, en Espagne, combien le droit de grève ou le droit de « résistance passive » peuvent être rapidement menacés après une élection démocratique. Le droit de vote doit être exercé pour être préservé. Alors je suis allé voter au consulat de France à Madrid, sans convictions, mais pour défendre le droit de vote, pour exprimer mon attachement à la démocratie… et aussi pour « m’indigner », sans haine…

Dimanche dernier, 22 avril, Chirac avait voté Hollande et, le soir, Sarkozy commençait à courtiser ouvertement Le Pen en prononçant des mots, des phrases chocs, des discours qui pourraient avoir été prononcés par elle. Mais Sarkozy sait très bien ce que pèse un candidat Front National au deuxième tour : à peine 20%… ce qui est déjà beaucoup trop ! Alors il voudrait que seuls les électeurs de Le Pen entendent ces mots, que ses électeurs à lui et ceux de Bayrou continuent d’entendre son discours plus retenu du premier tour. Il s’emporte même quand les journaux rapportent ses propos, un comble ! C’est vrai qu’en disant que Marine Le Pen est « compatible avec la République », il reconnaissait implicitement qu’il pourrait parfaitement voter pour elle en 2017… Un peu gênant pour ses électeurs modérés. C’est sûr aussi qu’en parlant de « vrai travail », de nombreux travailleurs ont pu se sentir insultés, considérés comme des travailleurs de seconde zone… Alors Sarkozy nie avoir tenu de tels propos… pourtant enregistrés. Alors il les reconnaît, les interprète ou encore les explique par une langue qui joue des tours à sa pensée : il aurait voulu dire « une vraie fête du travail »… Il s’enfonce…

Et Sarkozy continue à s’enfoncer. Il confesse même qu' »être traité de fasciste par un communiste, c’est un honneur ». C’est tout simplement effrayant d’entendre ça en 2012, vous ne pensez pas ? Et encore plus de la bouche d’un Président de la République Française, soit-disant héritier du gaullisme ! Faut-il rappeler la collaboration du Général De Gaulle avec les communistes dans la résistance et même dans les gouvernements qui suivirent la Libération ? Et puis, comme à son habitude, Sarkozy instrumentalise l’actualité. Il fait croire que la présomption d’innocence, en l’occurrence de légitime défense pour les policiers, n’existe pas. Que veut-il de plus ? Distribuer des permis de tuer ? Une police à l’américaine ?

La mutation de Sarkozy en « Sarkopen » opérée ce 22 avril a immédiatement déclenché des réactions. Beaucoup s’en tiennent encore à l’omertà, la loi du silence imposée par le chef. Mais, dimanche 6 mai au soir, ils reprendront leur liberté et tenteront de sauver leur honneur. D’autres s’ouvrent déjà plus ou moins ouvertement sur leur malaise. Fillon nuance, Raffarin sous-entend. De Villepin s’effraie et, souhaitant sans doute se remettre dans une posture semblable à celle qui fut la sienne à l’ONU en 2003, il appelle « chacun de nous [à] prendre ses responsabilités pour faire revenir notre monde politique à la raison et retrouver un chemin d’espérance, de réconciliation et de refondation. A la force et à la peur, nous ne pouvons, citoyens libres, qu’opposer le droit, la raison et l’humanité. » Les instances européennes aussi s’inquiètent, parce que la France s’ajoute à la liste des pays membres où l’extrême-droite pèse de plus en plus politiquement. Cette inquiétude n’est sans doute pas étrangère à la volte-face de la BCE et d’autres instances européennes replaçant la croissance au centre des préoccupations économiques.

Le 6 mai 2012, comme le 5 mai 2002, ne soyez pas dupes : Le Pen sera bien au deuxième tour. D’abord parce qu’elle s’attribuera habilement toute l’abstention et tous les votes blancs et nuls. Ensuite parce que Sarkozy a décidé de se transformer en Le Pen. Le 6 mai 2012, comme le 5 mai 2002, la question n’est pas de savoir si on est de droite ou de gauche, ni de juger si le programme économique de l’un ou de l’autre nous sortira de la crise.

Le 6 mai 2012, il ne s’agit pas de voter pour un programme. Il ne s’agit pas, pour la plupart d’entre nous, de voter par conviction pour François Hollande. Il ne s’agit même pas de voter contre le président sortant Sarkozy et son bilan. Il s’agit de voter contre le mutant « Sarkopen », contre toutes les peurs qu’il attise, contre la haine qu’il banalise, contre le boulevard vers l’Elysée qu’il ouvre à Le Pen pour dans 5 ans.

Le monde n’est pas haineux, le monde n’est pas dangereux, le monde n’est pas violent… Le monde est grand comme l’Australie, le monde est beau comme la Nouvelle-Zélande, le monde est joyeux comme le Brésil, généreux comme le Pérou, fier comme le Chili, passionné comme l’Argentine… Mais il n’est pas besoin d’aller aussi loin pour trouver la grandeur, la beauté, la joie, la générosité, la fierté, la passion… Il suffit d’ouvrir les yeux, de regarder autour de soi, d’oublier un peu cette crise qu’on nous martèle depuis des dizaines d’années. En France, comme en Espagne, tout n’est pas noir… ni bleu marine. Tout n’est pas bleu clair, vert, rose ou rouge non plus. Toutes les couleurs sont là, elles se côtoient, elles se succèdent, elles se mélangent… et c’est bien comme ça.

Pendant toute cette semaine et jusqu’au 6 mai 2012, pensez-y et parlez-en : 10 ans après, il faut répéter le même sursaut républicain ! Il faut qu’une immense majorité de Français disent non à la haine, non à la peur !

Et bientôt, c’est promis, on se remet à Vivre le Voyage et à Voyager la Vie…

A propos Rémy

FR - Voyageur, blogueur, citoyen du monde, humaniste écologiste, nomade digital. ES - Viajero, bloguero, ciudadano del mundo, humanista ecologista, nómada digital. EN - Traveler, blogger, citizen of the world, humanist and ecologist, digital nomad.
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